"Évaluation de l’échec du délire dans la création"
Journées d’Automne de la S.F.P.E.A. Paris, 24 et 25 – 11 – 2007 Communication Dr GRANIER François « Construction, reconstruction, délire. » / 33 pages. Le délire produit rarement des créations en art-thérapie. En opposition à la structure psychotique qui peut bien en tirer profit, quand elle est stabilisée. Les troubles cognitifs du délire rendent difficile la réalisation concrèt
François Granier

  • " Pourquoi un tel titre qui peut paraître provocateur ? Car au bout de plus de 20 ans de pratique, la production véritablement créatrice du délire en situation d’art- thérapie paraît finalement bien pauvre. "
  • " Le délire n’en est-il pas un frein ? Question qui peut paraître paradoxale, mais en apparence seulement car le point faible de cette notion de construction est précisément son emploi très hétérogène. Est-ce la même chose de parler de reconstruction à propos du rêve (qui est vivant et sain), de l’hallucinatoire (qui n’est pas forcément l’hallucination), du délire (qui est un handicap sur le plan fonctionnel), du soi et de la personnalité (avec ses capacités de transposition du monde interne dans une réalité externe grâce à son jeu de limites et d’enveloppes), ou du cadre (qui fait intervenir l’environnement dans cette construction). "
  • "Dans tout ce qui suit, il faudra bien distinguer les définitions du délire, comme moment évolutif, et de la structure sous-jacente psychotique qui, elle, est permanente."
  • "L’art-thérapie comme moyen thérapeutique exclusif, isolé, est un échec en situation de crise pour le délirant. Nous avons essayé, testé toutes les expériences possibles, en particulier de fonctionnement sur le mode de la résidence d’artiste. Le malade n’avait à sa disposition, dans sa chambre ou le service, que les moyens d’atelier, sans chimiothérapie, avec les problèmes éthiques et le risque médico-légal. Le résultat était soit la surenchère d’excitation, au-delà des plus libres happenings, soit le refus. La bulle de la création est alors imperméable. C’est que le transfert dans de telles situations suit les lois du transfert psychotique, emballement dans une assomption maniaque incontrôlable avec improductivité, car désorganisante pour le travail concret de création proprement dit, ou paradoxalité et refus des moyens que nous pouvions a priori juger les plus adaptés à être proposés à l’artiste psychotique."
  • " L’art-thérapeute, comme le psychothérapeute, est confronté au problème de l’image fallacieuse, qu’elle soit une image mentale ou matérialisée dans une production.(WUNENBURGER J.J., 2007, 35) Neutralité difficile à conserver pour une évaluation, quand on connaît son pouvoir d’illusion et de fascination. Agissant préférentiellement sur le levier de l’affect, elle tend le piège de la passion et aveugle. D’où la nécessité de toujours repartir de la réalité clinique, et non d’opérer le mouvement inverse de plaquer sa théorie, c’est à dire de se projeter soi-même. Nécessité de ne pas faire systématiquement prévaloir l’image verbale du langage sur l’image artistique, ne fut-ce que dans l’exercice du commentaire ou de l’interprétation, car leur construction respective obéit au moins partiellement à des logiques différentes (voies de l’élaboration de la sensation). Nécessité de distinguer phase délirante, et structure de fond, et ne pas extrapoler trop facilement entre le sain et le pathologique, le psychotique et le non psychotique. "